Jean-Jeune a obtenu ses lettres patentes le 28 juillet 1972. Selon le libellé, la corporation est créée pour les « objets » suivants : « Pour exploiter une base de plein air offrant des activités de plein air, sportives et socioculturelles pour la population en général ». (Réf. : lettres patentes enregistrées le 2 mars 1973).

La mission

En 2016, l’organisme Jean-Jeune adopte sa nouvelle mission : rendre accessibles à tous des expériences axées sur le plein air, en harmonie avec la nature, et qui favorisent le développement physique, intellectuel, affectif et social.

La philosophie holistique

Au début des années 1980, Pierre Meunier entreprend des démarches de récupération du camp de vacances des mains du Diocèse de St-Jean. De retour de Californie où il a obtenu une maîtrise portant sur la philosophie holistique, il réfléchit à son implantation au camp Jean-Jeune. L’organisme pose ainsi le dernier jalon de la définition de son rôle social et de son intervention. Plus qu’un simple énoncé de principes, cette approche détermine au jour le jour l’intervention auprès de la clientèle et la programmation. La philosophie holistique renvoie naturellement à la clientèle principale, les enfants, mais également au personnel de la base de plein air, en lui fournissant les fondements de son intervention et d’un travail d’équipe sain et efficace. Ces fondements demeurent toujours d’actualité.

Cette vision déborde de la compréhension classique (ou scolaire) que l’on a habituellement de l’éducation. Dans ce cadre, le camp de vacances, tout autant que le milieu familial ou scolaire, est une occasion privilégiée de développement social et personnel pour la personne.

Pour le modèle holistique, la personne humaine est un être à la fois unique et semblable à tous les autres êtres, dont les possibilités sont sans limites et le fonctionnement très simple. Il est responsable de tout ce qui lui arrive dans l’existence.

COMPRÉHENSION DES FINALITÉS DE JEAN-JEUNE

C’est donc à travers ces trois prismes (les lettres patentes, la mission, la philosophie holistique) que doivent être approchées et interprétées les finalités que Jean-Jeune s’est historiquement données. Mises en commun, les trois définitions des finalités de l’organisme peuvent être comprises ainsi :

Rendre accessible à la population en général, et prioritairement aux jeunes et aux familles de toutes conditions sociales, des programmes de vacances comprenant des activités de plein air, sportives et socioculturelles favorisant le développement social et personnel dans une perspective écologique et holistique.

Entendues ainsi, les finalités de la Base de Plein Air Jean-Jeune ne peuvent être que de nature éducative. Les activités de plein air, sportives et socioculturelles qui formaient la base juridique de la corporation en 1972 ne sauraient être valables en elles-mêmes et pour elles-mêmes. Toute interprétation en ce sens ne serait qu’une demi-vérité. À Jean-Jeune, le sport, le plein air et les activités socioculturelles visent des finalités plus grandes qu’elles-mêmes. Le plaisir de la clientèle – qui reste important – et le caractère ludique des activités proposées ne devraient pas cacher les objectifs éducatifs de développement social et personnel visés par l’organisme. La Base de Plein Air Jean-Jeune, pensons-nous, représente le cadre idéal pour atteindre ces finalités.

Principes d’intervention

En tout premier lieu, il faut envisager la programmation de Jean-Jeune dans une perspective écologique, c’est-à-dire qu’il faut comprendre que tous les éléments qui suivent sont indissociablement liés les uns aux autres; il ne peut être question de programmer des activités sans tenir compte de la personne qui doit pratiquer ces activités et de l’environnement dans lequel elle aura à les réaliser.

1er principe : La clientèle

La clientèle est au centre de toutes les activités prévues dans la programmation : c’est elle qui aura à vivre ces activités, elle est le sujet. En conséquence, on doit prévoir un programme à sa portée en terme de capacité à se livrer à telle ou telle activité et en terme d’intérêt à s’y livrer; on ne peut la forcer à faire des gestes qui demandent trop d’habileté ou de connaissances pour son développement ni à poser des actes qui ne suscitent chez elle aucun intérêt.

La clientèle étant diversifiée, il deviendra donc nécessaire de faire une programmation qui s’ajuste au développement de la clientèle tant au plan moteur, affectif, que cognitif. On devra donc développer des programmes différents selon les groupes d’âge. Toujours en accord avec cette approche, il devient évident qu’il ne s’agit plus de faire l’énumération de certaines activités préalablement choisies pour notre programme, mais de s’intéresser à la clientèle et de choisir des activités conformes à ses intérêts et ses capacités.

De même, comme l’intérêt et la capacité varient avec chaque clientèle, la programmation et la méthode devront laisser place à l’expression de l’individualité.

2e principe : L’environnement

La quasi-totalité de notre clientèle se recrute en milieu urbain. L’environnement physique dans lequel se situe la colonie de vacances en est un de nature et de plein air. Il n’est donc pas question de faire abstraction de cette réalité, il faut ici permettre à la personne qui a vécu toute sa vie en milieu urbain de découvrir la nature, c’est-à-dire de prendre contact et de s’habituer à vivre dans ce milieu qui paraît, au début, plutôt menaçant. Peu à peu, la personne doit s’acclimater dans ce milieu puis s’y épanouir.

L’autre environnement nouveau pour plusieurs personnes est la vie de groupe : manger selon un menu commun, faire des travaux collectifs, s’entraider, partager. Voilà autant d’apprentissages nouveaux pour une personne qui vit dans un monde souvent fragmenté et isolé.

La programmation que nous devons établir sera donc axée vers le plein air et la vie de groupe et devra répondre aux exigences de ces deux réalités. Il ne peut s’agir ni de transporter au camp la vie en ville (télévision, discothèque, mécanisation, vitesse, etc.) ni de bâtir un programme sur mesure pour chaque enfant, mais axé sur ces expériences collectives (petites équipes, communautés, etc.).

3e principe : Le vécu

Si le sujet de notre programme, c’est la personne, son objet, par contre, c’est le vécu dans toute sa totalité.

Il ne doit plus être question de programmer des activités, mais des instants de vie qui se succèdent : ainsi le temps passé à manger, dans un camp, peut devenir, un élément aussi créateur et formateur que tous les autres et ne doit plus se limiter à une simple charnière entre l’activité du matin et celle de l’après-midi. L’enfant peut y faire autant d’apprentissages que lorsqu’il est en canot, en voilier ou en camping. S’il est capricieux, il peut y apprendre à être moins difficile, à faire des expériences gastronomiques nouvelles, etc.

Il n’est donc pas question d’un programme rigide et d’un horaire contraignant, il faut savoir être souple, s’ajuster aux événements, à la météo, aux humeurs du groupe. Il faut se donner le temps de tout faire bien, ne pas s’enfermer dans un horaire artificiel, etc.

De ce principe doit découler que le moniteur est polyvalent et disponible, c’est à dire prêt à vivre toutes les expériences avec les enfants et non pas seul. Il s’agit bien ici de découverte et non de perfectionnement, ni de performance. On ne veut pas créer un champion, un professionnel du plein air. On veut que la personne apprenne en s’amusant et non en peinant, comme cela se passe trop souvent à l’école.

4e principe : Le jeu

Enfin, il faut mettre une couleur sur ce vécu, le distinguer de celui de l’école ou d’ailleurs. C’est la couleur du jeu qui doit dominer au camp. Et la couleur du jeu, c’est celle de la gratuité, du plaisir, de la créativité, de l’absence de règles qui briment l’enfant, et de l’acceptation des règles que le groupe se donne pour la durée de l’expérience. Le jeu devrait donc être la méthode pédagogique qui guide l’animation de toutes les expériences que comportera le programme de la colonie de vacances.

Jouer c’est s’amuser! Jouer c’est apprendre de la façon la plus naturelle, sans douleur sinon sans risque. Jouer c’est se sentir libre. Jouer c’est s’engager dans ce que l’on fait et oublier tout ce qui n’est pas l’univers du jeu. Jouer c’est inventer le monde qui nous entoure à la mesure de nos capacités et de notre compréhension. Le jeu doit donc inspirer toute l’animation des vécus du camp, toute la méthode d’intervention auprès des gens.